Familles séparées et gardes alternées : qu’en pensent les jeunes ?

Familles séparées et gardes alternées : qu’en pensent les jeunes ? 

Le 12 décembre 20109, Laura Merla était l’invitée de l’émission «  Tendances Première » sur la première station de radio publique de la RTBF. Objectif : présenter et discuter le rapport MobileKids sur le regard que les adolescents portent sur leur configuration familiale post-divorce/séparation. Grâce à sa lecture attentive et à ses questions affûtées, la journaliste Véronique Thybergien nous a permis d’aborder en profondeur le contenu du rapport, et de débattre plus largement de la question des séparations parentales et des transformations familiales contemporaines. Retrouvez également la séquence radio ici

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Véronique Thyberghien : vous êtes sociologue à l’UCLouvain et l’étude dont on va parler fait partie d’un programme beaucoup plus large que celui, enfin, la partie que… qui vous a intéressé. Ça s’appelle MobileKids. Je trouve ce programme fabuleux. 

Laura Merla : merci beaucoup ! 

Véronique Thyberghien : je trouve ce programme absolument intéressant. Alors, on aura l’occasion d’y revenir parce que c’est un gros programme. La partie que vous avez étudiée, ici, et cette étude qui vous intéresse concernent les enfants dans le cadre de familles séparées et du système de garde. L’influence que ce système a sur eux aujourd’hui et vous avez quand même eu l’excellente idée de vous adresser directement aux jeunes. Ce qui ne se fait pas très souvent en la matière. En général, on demande aux parents : « Comment vous vous organisez ? », « Est-ce que ça se passe bien avec les enfants ? ». Mais, on demande assez peu l’avis de ces enfants. 

Laura Merla : oui, et pour nous, c’était vraiment une évidence de demander l’avis des enfants, des jeunes. Aussi, on a travaillé avec des adolescents. Tous ne se considèrent pas comme des « enfants ». (rire) Mais, effectivement, c’est primordial. Bon d’abord, comme vous le disiez, parce qu’on les interroge peu. On a le regard des parents et donc, on lit les situations au travers du regard des parents. Et puis, parce que la place des jeunes a évolué aussi dans nos sociétés. Et le droit évolue aussi. La Convention internationale des Droits de l’Enfant dit que l’enfant doit pouvoir être entendu dans toutes les décisions qui le concernent. Cela ne veut pas dire qu’il faut obéir aux enfants, mais qu’il faut pouvoir recueillir leur point de vue et prendre une décision qui est informée par ce point de vue. 

Véronique Thyberghien : Et on va voir à quel point le droit, notamment le droit de l’enfant, mais aussi les évolutions en matière juridique familiale et autre ont eu une influence sur les familles contemporaines et la manière dont elles vivent aujourd’hui la séparation et le système de garde qui est mis en place. Et les résultats vont d’ailleurs pouvoir, éventuellement, aider des personnes qui sont dans des situations de pré divorce ou de pré séparation à se poser les bonnes questions quant à savoir : « Qu’est-ce qu’on va faire demain ? Comment on va organiser la famille ? ». Parce que famille, il y a encore chez nous. Elles sont terriblement multimodales, mais famille, il y a. 

Laura Merla : oui, tout à fait ! Et d’ailleurs, le droit a consacré, en fait, la survie du couple parental. Le couple conjugal se sépare, mais le couple parental est amené à se coordonner du mieux qu’il peut pour continuer à élever ensemble les enfants. Alors, évidemment, ce n’est pas toujours possible. Il y a des configurations familiales dans lesquelles un des parents choisit de partir ou ne peut plus être présent pour toute une série de raisons. Mais, l’idée fondamentale est quand même qu’un enfant doit être élevé à la fois par son père et par sa mère. Ou par ses mamans et ses papas quand on est dans un couple homoparental. Et donc, ça, cela perdure malgré la séparation des parents. 

Véronique Thyberghien : mais, cette notion de couple parental, elle a fait de grands bonds en avant, quand même. Cette notion de « il faut rester unis pour les enfants » est une chose qui est beaucoup plus naturelle quand c’est possible de le faire. C’est quand même une chose qui est beaucoup plus naturelle qu’avant. Et on le verra à travers le sentiment que les enfants ont par rapport au conflit de leurs parents, ça a modifié beaucoup de choses dans la perception-même des adultes; du père, de la mère ou des deux comme vous l’aviez dit, dans la manière d’envisager la suite. 

Laura Merla : oui, en fait, ce qui est intéressant dans les résultats que l’on a ici, c’est que cela participe à dédramatiser un petit peu ce que l’on pense des familles post-séparation. Cela ne veut pas dire que la séparation en soi n’est pas un évènement difficile, compliqué, etc. Mais, en tout cas, ce que les jeunes nous disent aujourd’hui c’est que finalement, cela devient une situation assez banale. Ils ont tous autour d’eux des copains, des copines à l’école qui ont des parents divorcés ou séparés. Ils savent que potentiellement, cela peut arriver aussi chez eux. Et donc, ils voient aussi comment cela fonctionne autour d’eux. Avec parfois des situations où cela se passe bien et puis d’autres où cela se passe un petit peu moins bien. Mais, en tout cas, il n’y a plus ce côté stigmatisant d’être un enfant de parents divorcés. 

Véronique Thyberghien : Et pour les enfants, c’est évidemment quelque chose de très, très important. Alors, les systèmes de garde aussi qui ont varié et évolué ces dernières années et aujourd’hui, on voit que l’hébergement alterné concerne 3 enfants sur 10. Je m’attendais à plus. Alors, alterner c’est quasi du 50/50, hein ? 

Laura Merla : Ici pour l’enquête, nous avons pris comme statistique, les enfants qui passaient au moins 30 % du temps chez un parent et 70 % chez l’autre. Mais, en fait, plus de la moitié de ces jeunes-là sont dans un système à peu près moitié-moitié.  Alors, c’est un bond en avant énorme, hein. Parce qu’avant la loi 2006, cette situation-là n’existait quasiment pas et donc, en 15 ans, on est arrivé à 1 jeune sur 3 qui est dans cette situation-là. Malgré tout, le modèle qui reste dominant, dans notre enquête c’est l’enfant qui est hébergé exclusivement chez sa maman. Et puis… donc, cela concerne 4 jeunes sur 10 et puis 2 jeunes sur 10 qui sont principalement chez maman. C’est le système du papa un week-end sur deux et pendant les vacances. Seul 1 jeune sur 10 est hébergé exclusivement chez son papa. 

Maintenant, ce qu’il faut savoir c’est que l’hébergement alterné demande certains moyens, c’est-à-dire qu’il faut avoir les moyens financiers d’avoir un logement qui soit suffisamment grand, confortable, etc. pour pouvoir y accueillir un ou plusieurs enfants une semaine sur deux. Et donc, au départ, c’est une configuration que l’on a retrouvée davantage vers les classes moyennes-sup., plutôt éduquées, avec des moyens financiers suffisants pour pouvoir mettre en place ce type de système. Mais on se rend compte au fur et à mesure que ce système entre dans les mœurs, que de plus en plus de catégories sociales le mettent en œuvre. 

Véronique Thyberghien On peut peut-être aussi expliquer ça par le fait… enfin, c’est la réflexion qui m’était venue finalement… qu’on interroge des enfants de douze à dix-huit ans et que finalement, douze ans, ça veut dire qu’on est né en 2007 – 2008, hein, pour les bordures. Et que donc, on est à la charnière de cette loi. 

Laura Merla : tout à fait. 

Véronique Thyberghien : et que les enfants concernés ici, finalement, ils sont à l’aube de ces décisions-là. On refait peut-être la même enquête dans cinq ou dix ans, on aura probablement une explosion de la garde alternée par rapport aux résultats qu’on a encore ici. 

Laura Merla : oui, c’est tout à fait possible et d’ailleurs, la… les jeunes qui sont en hébergement alterné dans notre enquête, sont principalement parmi les plus jeunes. 

Alors, il faut savoir aussi que les modes d’hébergement ne sont pas figés, c’est-à-dire que des parents peuvent décider de mettre en place un certain mode d’hébergement, par exemple, l’hébergement alterné ou principal chez un parent et puis, quelques années plus tard, un parent ou éventuellement un jeune peut demander à ce que la situation change. Et donc, les jeunes peuvent passer par différents modes d’hébergement ou fil de leur croissance et de leur évolution. 

Véronique Thyberghien : c’est ça. On voit que dans ces configurations-là, quand même, les parents qui vivent ensemble ou qui mettent en place un système surtout d’hébergement alterné dirigent la famille ensemble. Ça veut dire qu’il y a une coopération qui est ressentie par les jeunes entre papa et maman. 

Laura Merla : oui, tout à fait. Et donc, vous le dites vraiment bien, c’est ce que ressentent les jeunes.  Nous leur avons demandé quel était le degré de contrôle que les parents exerçaient sur eux. Est-ce qu’ils veulent savoir ce que vous faites avec votre argent, avec qui vous sortez, où vous allez, etc. ? Et on voit que, dans les familles dans lesquelles les parents sont ensemble, le degré de contrôle des parents est coordonné. Et ce sont plutôt les pères qui alignent leur degré de contrôle sur celui des mères. Donc, en gros, on a plutôt des familles dans lesquelles soit les deux parents sont fortement contrôlants, soit ils ne le sont pas. Quand on s’intéresse aux familles divorcées, et séparées et qu’on regarde l’hébergement alterné, et bien là, on voit que cette coordination, elle concerne encore la moitié des familles. Donc, on a encore une moitié de parents qui alignent leur degré de contrôle l’un sur l’autre. Et puis, au moins, le père co-réside avec l’enfant, au moins il va aligner son degré de contrôle avec celui de la maman. Et un papa qui est en hébergement exclusif, n’aligne pas son degré de contrôle avec son ex-conjointe. Ce sont les papas qui deviennent les plus contrôlants. En fait, dans toutes les configurations sauf celle-ci, ce sont les mamans qui sont les plus contrôlantes. 

Véronique Thyberghien : oui ! Quand même ! Alors, ce n’est pas des différences flagrantes…

Laura Merla : non, ce n’est pas énorme.

Véronique Thyberghien : mais, ça reste quand même maman !

Laura Merla : oui !

Véronique Thyberghien : maman qui reste peut-être plus contrôlante, à poser les questions sur les amis, machin, etc., et passe peut-être plus de temps à ça. 

Alors, ce que font plus les mamans aussi, c’est répondre à leur enfant. C’est-à-dire que quand il y a besoin, conflit, envie, peine de ceci ou de cela, les enfants vont plus particulièrement communiquer avec leur mère. Que cette mère soit là ou pas, c’est-à-dire qu’ils soient chez leur mère ou pas. Que cette mère soit gardien principal ou pas. C’est quand même la mère qui garde aussi ce côté rassurant, communiquant, etc. Ce qui, vous l’avez souligné très bien, augmente la charge mentale des mères dans les familles séparées. Bon, alors, j’imagine que les mères sont plutôt contentes, hein, que leur enfant communique avec. Mais, quand même, ça amène une réflexion particulière. 

Laura Merla : oui, tout à fait. Donc, en fait, on a demandé aux jeunes s’ils communiquent avec maman quand ils sont chez papa et inversement et aussi, s’ils communiquent via les réseaux sociaux et de quoi est-ce qu’ils discutent. Et en fait, les jeunes communiquent beaucoup via les réseaux sociaux avec leurs parents, dans toutes les configurations familiales. Et, ils le font même plus dans les familles séparées ou divorcées que dans les familles dans lesquelles les parents sont ensemble. Peut-être aussi parce qu’on n’est pas tout le temps physiquement co-présent, il y a des moments où on va utiliser ces technologies-là pour entretenir le lien. Et donc, effectivement, les mamans sont systématiquement plus sollicitées que les papas. Alors, les parents sont fortement sollicités tous les deux, hein. Donc, on n’est pas sur de grands écarts entre papa et maman. 

Véronique Thyberghien : non, non. 

Laura Merla : et dans la situation où il n’y a que le père qui a l’hébergement vraiment exclusif de l’enfant, et bien là, c’est le père qui est vraiment sollicité principalement. Mais sinon, effectivement, c’est chaque fois la maman qui est plus sollicitée que le papa. Et ça (mais nous ne l’avons pas mis dans l’enquête parce que nous n’avons pas mis tous les détails), c’est vraiment du côté des filles plutôt que cela vient. C’est-à-dire que les garçons sollicitent de manière relativement équivalente leur père et leur mère, alors que les filles vont, en priorité, solliciter leur maman. 

Véronique Thyberghien : oui. Et je trouve que ça apparaît en filigrane aussi dans une des questions qui avaient été posées par rapport à la satisfaction des filles qui se retrouvent en garde exclusive parfois chez leur papa. Ou 2 filles sur 10, alors, ce n’est pas énorme non plus, mais, 2 filles sur 10 disaient qu’elles n’étaient pas très satisfaites. Il y a quand même le besoin d’avoir cette image maternelle alors qu’elle soit offerte par une femme, peu importe, mais cette image qui reste très présente dans l’esprit des enfants, même en 12 et 18 ans. 

Laura Merla : oui, oui, effectivement. Donc, la maman reste, peut-être davantage que pour les filles. Pour une majorité de filles. Après, il y a des exceptions, évidemment. Et honnêtement, moi qui travaille sur la question de genre depuis des années, je n’ai pas abordé du tout l’enquête avec ces lunettes-là. Et donc, du coup, surprise de voir réapparaître cette importance de la maman. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas confier des filles exclusivement à leur papa ou que cela va moins bien se passer pour elles, mais, simplement, la maman reste un parent référent en premier lieu pour elles. Alors que les garçons ont sur beaucoup d’items, en fait, une relation beaucoup plus équivalente avec leur père et avec leur mère. 

Véronique Thyberghien : oui, parce que 2 sur 10 insatisfaites, ça en fait 8 sur 10 qui sont plutôt satisfaites. 

Laura Merla : voilà. 

Véronique Thyberghien : ce qui est pas mal. 

Comment les jeunes ressentent-ils finalement la séparation ? C’est en filigrane aussi ce qu’il y a derrière cette étude que nous décortiquons avec vous. Et sur laquelle on va quand même revenir un tout petit instant sur les papas. On a parlé des mamans contrôlantes et puis on a dit : « OK, les mamans sont effectivement… paraissent plus contrôlantes quelles que soient les différents types de questions qui peuvent nous ramener à cette conclusion-là ». Mais, les différences ont largement diminué par rapport à d’autres études faites les années précédentes et où on voit que finalement papa prend sa place, et la prend plutôt bien et de manière parfois ferme. Le papa copain qu’on ne voyait que le week-end et pendant les vacances, cette image-là, elle est en train de disparaître au profit d’un papa qui prend son rôle à cœur, et les jeunes ressentent ce côté parental important. 

Laura Merla : oui, effectivement. Un des objectifs de la loi de 2006 a été de pouvoir redonner une place aussi au père dans les configurations post-séparation. Il faut savoir que c’est une époque où il y avait aussi beaucoup de discussions autour des congés parentaux : comment encourager les hommes à prendre davantage de congés parentaux, etc. La loi est arrivée dans ce contexte-là aussi. Et à la fois pour encourager les pères à être plus présents, mais aussi parce qu’une série de pères voulaient être plus présents. Et donc, de manière générale aussi quand on regarde les enquêtes qui estiment le temps qui est consacré dans les couples aux tâches ménagères, à l’éducation des enfants et au travail professionnel, et bien, on voit que du côté des tâches domestiques, cela évolue lentement. Mais, par contre, du côté des soins des enfants, les hommes sont de plus en plus impliqués. Et donc, la manière de penser sa paternité aujourd’hui a fortement évolué par rapport à la génération de nos parents, de nos grands-parents, etc. 

Véronique Thyberghien : les jeunes restent en contact quasi permanent avec leurs parents, quel que soit le modèle de garde. Les réseaux sociaux, les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de garder ce contact. Et on voit que c’est vraiment à travers cela que ces contacts passent beaucoup. Alors, vous le précisez quand même dans les résultats de l’étude, on n’a pas suffisamment aujourd’hui de recul et d’études pour dire quels sont les bénéfices et les désavantages de ce type de communication. Mais il n’empêche que Facebook est ultra utilisé entre eux pour pouvoir garder cette communication. FaceTime aussi, Snapchat, les applications qui existent. Et ça, c’est probablement nouveau et lié à ces nouvelles technologies ? 

Laura Merla : c’est-à-dire que ce qu’on appelle le « faire famille », toutes ces pratiques qui font qu’on maintient du lien et qu’on fonctionne en tant que famille, cela passe dans des situations de coprésence : on habite ensemble, on mange ensemble, on fait toute une série d’activités ensemble. Mais cela passe aussi de plus en plus par les réseaux sociaux qui permettent en fait, à tout le monde, familles ou pas, de maintenir un lien. Parce que l’on a cette magnifique faculté, qui est magnifique mais qui peut être aussi un piège absolument atroce, qui est que l’on a ce don d’ubiquité aujourd’hui. C’est-à-dire que l’on peut être à la fois ici et ailleurs, et que donc, le fait d’être à la maison, à l’école, que les parents soient sur le lieu de travail, et bien, finalement, ça n’a plus tellement d’influence sur le fait de communiquer ou pas. Et donc, les jeunes, à peu près n’importe quand, peuvent envoyer un petit message à leurs parents, recevoir un message de leurs parents. Il y a un autre volet de l’enquête que nous avons diffusé il y a quelques mois, autour vraiment des pratiques numériques adolescentes, et qui montrait par exemple qu’énormément de jeunes utilisent leur smartphone et vont sur les réseaux sociaux à l’école, dans la cour de récréation, etc. Donc, ce sont des dispositifs qui font partie intégrante de leur vie. Une première réaction consiste plutôt à avoir une approche très précautionneuse parce que l’on pense beaucoup aux réseaux sociaux à partir des problématiques de harcèlement, de danger, etc. Mais c’est aussi un outil que l’on utilise dans nos vies quotidiennes pour entretenir nos relations et pour entretenir ce lien qui justement peut être mis sous tension dans des situations où on ne réside pas en permanence avec papa et maman. 

Véronique Thyberghien : est-ce que ce sont les jeunes finalement, je ne sais pas si ça fait partie des questions, qui eux-mêmes sont proactifs dans ce type de communication ? Ou est-ce que ce sont les parents qui veulent savoir « où tu es ? », « qu’est-ce que tu fais ? », « tu vas bien ? ». Ou est-ce que ce sont les jeunes qui ont cette communication ? 

Laura Merla : Ici, nous avons demandé aux jeunes si eux communiquaient avec leurs parents. Donc, les jeunes en tant qu’initiateurs du contact. Et ils nous ont dit à travers cette enquête qu’ils contactent leurs parents, pour toute une série de sujets. Aussi bien pour discuter du travail scolaire que pour parler de leurs émotions, de leur vie quotidienne, de l’organisation de la vie quotidienne; s’il y a un rendez-vous chez le médecin qui doit être annulé, qu’est-ce qu’on fait, etc. Et aussi, dans certaines situations, transmettre un message d’un parent vers l’autre. 

Véronique Thyberghien : ah ! Ça arrive encore ? 

Laura Merla : ça arrive encore. Oui, oui, tout à fait. En tout cas, en situation d’hébergement alterné, c’est là que l’on a placé la focale sur cette question-là. Effectivement, les jeunes sont aussi des jeunes messagers. Alors, à nouveau, nous ne les avons pas interrogés vraiment sur le contenu plus spécifique. Certaines communications qui peuvent être des communications à caractère positif et puis il peut y avoir aussi des tensions, des disputes, etc., qui se prolongent sur les réseaux sociaux. Ça, c’est quelque chose qui est encore à explorer. 

Véronique Thyberghien : à explorer et que, je suis sûre, on explorera dans un second temps. « Ils sont harcelants ces jeunes aussi à toujours nous envoyer des messages alors que c’est ma semaine, je suis tranquille et tout ». Je connais des parents qui disent ça, donc, c’est pour cela que je leur fais un petit clin d’œil. 

Est-ce que les jeunes ont, alors, je n’ai pas eu non plus de flash non plus par rapport à cela dans l’étude, mais, ont une espèce de poids ou de sentiment de poids dans l’organisation ? Parce qu’une des images qui circule quand même beaucoup aujourd’hui, qui circulait, pardon, il y a plusieurs années de cela, c’était de se dire, mais comment l’enfant va-t-il trouver sa place ? À force de déménager d’un lieu à l’autre, cela ne va pas forcément être évident. Cela peut alterner son bien-être, etc. Est-ce que dans les faits, ce type d’organisation alternée fonctionne ? Est-ce que les jeunes s’y retrouvent ? 

Laura Merla : Nous n’avons pas abordé cette question-là dans l’enquête parce que c’était un peu complexe à aborder via des questions fermées. Mais on a demandé aux jeunes s’ils étaient satisfaits de leur mode d’hébergement. Et les jeunes qui sont en hébergement alterné sont parmi les plus satisfaits à l’enquête. Donc, 86 % sont satisfaits de leur mode d’hébergement. C’est plutôt pas mal. Mais, cela ne présage rien de toute cette organisation et de cette logistique. Alors, ici, on bascule sur un autre volet de programme de recherche que nous sommes en train de mener, puisque, en fait, le cœur de notre projet, ce n’est pas cette enquête. Le cœur de notre projet, c’est un travail approfondi avec un petit nombre de familles. Pour la Belgique, j’ai deux chercheuses qui travaillent avec moi, Bérengère Nobels et Coralie Theys, et qui rencontrent des familles qui pratiquent l’hébergement alterné, qui interrogent les enfants à plusieurs reprises en mobilisant des méthodologies qui sont innovantes et un peu sympa aussi à utiliser avec des jeunes; des jeux de plateau, du dessin, etc. Et qui, en particulier pour Bérengère Nobels, s’intéressent à cette construction du chez-soi. Est-ce qu’on peut avoir un chez-soi quand on a deux maisons ? Cela interroge très fortement la manière dont nos sociétés ont pensé l’ancrage familial dans un seul et même lieu de vie. 

Véronique Thyberghien : mmhh. Ça pose la question du « faire famille » aujourd’hui ? 

Laura Merla : voilà, tout à fait. 

Véronique Thyberghien : alors, je trouve, que vous y répondez partiellement parce que les enfants séparés ont, quand même, globalement l’impression de « faire famille », d’avoir une famille. Ils ne se sentent pas, effectivement, écartés, étrangés. Il y a cette idée de la famille qui reste. 

Laura Merla : c’est-à-dire que c’est à cela que ressemble leur famille. Ce qui ne veut pas dire qu’ils se sentent forcément aussi bien intégrés dans chacun de leurs foyers. L’arrivée d’un beau-parent, par exemple, est un moment typique dans lequel on doit renégocier les places des uns et des autres. Donc, il y a des moments de tension. Ici, dans l’enquête, nous avons demandé aux jeunes s’ils se sentaient chez eux chez papa, et chez maman. Et là aussi, grosse surprise, la toute grosse majorité dit se sentir chez soi aussi bien chez papa que chez maman. Nous avons essayé de voir en quoi est-ce que c’était lié ou non aussi au niveau de confort qu’ils pouvaient avoir. Est-ce qu’ils ont leur propre chambre ? Est-ce qu’ils se sentent à l’étroit ? Etc. Tout d’abord, les enfants en hébergement alterné ont un degré de confort qui est relativement correct. Ils sont assez nombreux à ne pas se sentir à l’étroit, à avoir, éventuellement, leur chambre à eux, au moins d’un des deux côtés. Avoir moins de confort peut avoir un impact négatif sur le fait de se sentir chez soi. Mais ce que l’on observe, c’est que c’est largement compensé chez ces jeunes par la qualité de la relation avec les parents. 

Véronique Thyberghien : c’est ça. « Faire famille », ce n’est peut-être plus un lieu géographique, du coup ? 

Laura Merla : voilà, c’est-à-dire que ce sont les relations, c’est ce qu’on fait à l’intérieur des murs de la maison qui compte et pas le fait de savoir si les murs sont bleus, jaunes ou mauves et s’ils sont étroits ou si on a beaucoup de place. Même si cela joue un petit peu, ce n’est pas le cœur, en fait, du sens du chez-soi. 

Véronique Thyberghien : je trouve que ça prouve quand même l’idée que les parents ont réussi à apporter quelque chose au niveau de la qualité, justement, plutôt que de la quantité et que c’est un élément peut-être important et qui construira peut-être plus tard. On reprendra rendez-vous pour les résultats que vous allez obtenir ici. 

Alors, on a quelques commentaires et notamment, effectivement, sur le fait d’avoir consulté ou non les enfants. Alors, on a un peu de tout, je ne peux pas tout reprendre, mais on a Valérie, par exemple, qui dit : « On a pas vraiment consulté ou demandé son avis, mais on a un petit peu tâté le terrain de manière subtile et on a pris une décision par la suite ». Et d’autres personnes qui nous disent : « Nous, on a frontalement abordé le sujet avec les enfants. Ça les a mis dans un premier temps mal à l’aise ». Alors, certains regrettent, du coup. Pour d’autres, pas de regret d’avoir posé la question parce que, du coup, tout le monde a pris la possibilité d’assumer la décision qui avait été prise, sans non plus trop le faire porter sur les épaules des enfants. On va revenir, évidemment là-dessus. Et on reviendra sur un élément important : les familles monoparentales et surtout la fragilité, encore aujourd’hui, des familles monoparentales. S’il y a un gros travail à faire, je pense que c’est là qu’il faut le faire et particulièrement les familles monoparentales femme, où maman est seule et doit tout assumer seule, peu importe les conditions pour lesquelles elle s’est retrouvée dans cette situation. Il y a une vraie fragilité sur laquelle on va devoir travailler dans l’avenir et on va voir un peu les résultats que vous, vous avez obtenus par rapport à tout cela. 

Le jeune ne ressent pas de difficultés financières ou de problématiques particulières dans le cadre des gardes alternées où l’on note, effectivement, que dans une grande majorité des cas, les parents, tous les deux, travaillent à temps plein. On parlait d’un confort, d’une forme de confort tout à l’heure ressentie en tout cas par les jeunes, ils n’avaient pas de problématiques particulières. En ce qui concerne les familles monoparentales, et notamment les ménages monoparentaux féminins, là par contre, si on sait… si on reconnait aujourd’hui la fragilité de ces familles en particulier, c’est flagrant que c’est ressenti et qu’il y a une incidence sur les jeunes. Et cela, c’est quand même un élément dont il faut absolument tenir compte aujourd’hui. 

Laura Merla : oui, tout à fait. Alors, cela ne veut pas dire déjà pour commencer, que les jeunes sont moins heureux quand ils vivent seuls avec leur maman, que ce soit dans le cadre d’un hébergement exclusif ou principal. Et d’ailleurs, dans ces configurations-là, la qualité de la relation avec la maman est à peu près aussi bonne que dans les autres configurations. Maintenant, les jeunes nous disent des choses que l’on sait par ailleurs, mais ce qui est intéressant, c’est le fait que ce sont eux qui nous le disent : c’est la configuration dans laquelle eux nous disent que leur maman a le plus de difficultés à joindre les deux bouts. C’est là vraiment qu’ils sont les plus nombreux à nous dire : « Maman a souvent, voire toujours des difficultés à joindre les deux bouts ». C’est aussi la configuration dans laquelle on a le plus de jeunes qui nous disent que leurs parents continuent à se disputer moyennement, voire beaucoup. Donc, les tensions avec l’ex-conjoint sont présentes et les enfants les ressentent. Et puis nous avons interrogé les jeunes sur le temps de travail de leurs parents. Évidemment, ceci est à prendre avec des précautions parce que tous les jeunes ne savent pas toujours faire la distinction entre un travail à temps plein et un travail à temps partiel, par exemple, mais effectivement, c’est là que l’on retrouve le plus de temps partiel. Ce qui est lié au fait qu’il n’est pas évident pour des mamans de combiner vie familiale et vie professionnelle dans le cadre d’un emploi à temps plein. Et donc, on a des mamans qui travaillent à temps partiel. Donc, qui ont accès à des ressources financières qui sont moins élevées. Et les tensions avec l’ex-partenaire, et bien, elles portent notamment sur les questions financières. Et donc, cette fameuse problématique du versement des rentes alimentaires par les ex-partenaires, réapparait ici dans le discours des jeunes. 

Véronique Thyberghien : est-ce qu’il y a des éléments similaires qui apparaissent chez le père quand on a une famille monoparentale père et qu’on pourrait se poser la question de savoir si c’est vraiment lié, du coup, au genre ? 

Laura Merla : alors, je ne distingue pas selon que le père qui a l’hébergement exclusif se soit remis en couple cohabitant ou pas, parce que comme on a un petit nombre de familles, statistiquement, en distinguant les deux, on se retrouvait avec des chiffres un petit peu trop bas. Donc, on ne pouvait pas en dire grand-chose. 

Véronique Thyberghien : oui, c’est ça. Pas significatif. 

Laura Merla : voilà, mais donc, par exemple, c’est dans cette configuration-là qu’on retrouve le plus de pères à temps partiel. Plus de 20 % de jeunes dans cette configuration nous disent que leur père travaille à temps partiel. Il y a aussi des difficultés financières, dans une moindre mesure que par rapport aux mères célibataires, mais on les retrouve aussi. 

Ce qui faut savoir, c’est que ce sont des configurations qui sont particulières, les configurations d’hébergement exclusif chez le papa. Ce sont généralement des situations dans lesquelles la maman, par exemple, n’est plus en capacité de s’occuper d’un enfant, même ne serait-ce que le temps d’un week-end sur deux ou de congés scolaires, à cause d’un accident de la vie, à cause de problèmes de santé mentale, etc., etc. C’est une configuration aussi dans laquelle on retrouve le plus de jeunes qui sont scolarisés dans le technique et le professionnel. Donc, ce sont des profils très spécifiques. Mais ce qui est intéressant, c’est que dans ces situations-là, le père devient vraiment le premier référent pour les enfants. Et donc, le type de relation que le jeune développe avec ce père-là est très proche du type de relation que le jeune développe avec la mère en hébergement exclusif chez elle. Donc, effectivement, cela montre que ces pères, en fait, prennent leur rôle à cœur. C’est ce que les jeunes nous disent. 

Mais, effectivement, la fragilité, elle se ressent surtout en terme financier,s etc., du côté des mamans célibataires. 

Véronique Thyberghien : ça montre aussi, je trouve que, homme ou femme, les familles monoparentales devraient être beaucoup plus soutenues et accompagnées. Qu’elles ne le sont pas encore suffisamment aujourd’hui et que des inégalités perdurent dans la manière dont on peut être pris en charge. Par rapport aux familles où la garde alternée est installée, acceptée, etc. Il y a une vraie différence de traitement. Ce n’est pas non plus un hasard si les enfants sont dans des filières techniques. En tout ça, moi, ça me pose question. Je me dis que c’est quand même des choses qui apparaissent de manière flagrante. Donc, je pense qu’il y a vraiment des choses à faire importantes de ce point de vue-là. Ne fut-ce que déjà sur ces chiffres que vous avez obtenus. 

Laura Merla : oui. Je voudrais juste revenir sur la manière dont on a défini « famille monoparentale » parce qu’en fait, il y a beaucoup de manières différentes de définir les familles monoparentales. Ce qui rend le travail sur elles très complexe parce que d’une étude à l’autre, on n’adopte pas la même définition. Donc, nous avons adopté comme définition dans cette enquête, les parents qui ont l’hébergement exclusif ou principal de leur enfant et qui ne se sont pas remis en couple cohabitant. Donc, qui n’ont pas reformé une nouvelle cellule familiale avec une autre personne qui, du coup, apporte aussi un revenu supplémentaire au ménage, etc. 

Véronique Thyberghien : est-ce que vous avez ou est-ce que allez élargir ce type d’étude aux beaux-parents ? Dans les familles recomposées justement. Est-ce qu’à un moment donné la famille recomposée va apparaître dans l’étude ? 

Laura Merla : Nous avons interrogé les jeunes aussi sur les relations avec les beaux-parents, mais comme je vous le disais en off tout à l’heure, il y a tellement de données à traiter que pour ce rapport-ci, nous avons dû faire des choix. Nous n’avons pas pu tout analyser. Mais effectivement, nous les avons interrogés sur la qualité de la relation avec les beaux-parents. Ils ont été interrogés aussi sur le fait de savoir s’ils communiquent avec ces beaux-parents quand ils sont chez l’un et l’autre parent. Mais, je n’ai pas les résultats ici, maintenant. En tout cas, les données sont là et sont exploitables. 

Véronique Thyberghien : elles restent à étudier et à décortiquer. 

Laura Merla : voilà. 

Véronique Thyberghien : Je voulais revenir sur l’implication de l’enfant dans la décision. Alors, j’ai noté dans l’étude que la moyenne, en tout cas, pour les enfants interrogés, enfin les adolescents, pardon, interrogés, entre douze et dix-huit ans, la moyenne d’âge à la séparation, c’était cinq ans et demi, sept ans et demi. Et un grand nombre d’entre eux ont été impliqués dans la décision, quand même, du type de garde, ou sont impliqués dans les changements éventuels qui interviennent après, dans la suite du parcours. Il y a un élément important qui apparaît, c’est que les enfants qui ont été impliqués sont contents d’avoir été impliqués. Ça, c’est important. Parce qu’on dit souvent : « On ne va pas faire porter la responsabilité sur les épaules de l’enfant ». Ce n’est pas comme ça qu’ils le ressentent visiblement. En tout cas, des années plus tard, entre douze et dix-huit ans. 

Laura Merla : ici il faut tenir compte d’autres témoignages que l’on peut recueillir par ailleurs aussi. Nous avons fait une autre étude précédemment autour de l’intérêt supérieur de l’enfant : dans quelle mesure est-ce que l’enfant peut participer à la définition de son propre intérêt supérieur, qui est censé guider les décisions qu’on prend par rapport à eux. Et nous avons interrogé des jeunes, et aussi des moins jeunes qui avaient vécu des séparations quand ils étaient plus jeunes. Et il y avait à peu près deux positionnements, c’est-à-dire certains qui nous disaient que pour eux, c’était essentiel d’avoir pu être entendu et consultés. Parce que ce sont des décisions qui sont importantes. En fait, ce que tout le monde nous a dit c’est que le jeune n’a pas le sentiment d’avoir une maîtrise sur la décision des parents de se séparer. Et donc, beaucoup de jeunes nous disaient : « Voilà, c’est leur relation. Si à un moment donné la relation ne fonctionne pas, ce n’est pas moi, enfant, qui peut venir intervenir par rapport à ça ». 

Véronique Thyberghien : c’est intéressant qu’ils aient compris ça ! Parce que c’est aussi un reproche que l’on fait aux familles séparées, c’est de faire porter la culpabilité les épaules des enfants. Donc, il y a un changement, peut-être, de paradigme ou en tout cas envisager la séparation. 

Laura Merla : oui, c’est cela. Alors, cela ne veut pas dire qu’ils ne vont pas, par un l’un ou l’autre petit truc, essayer quand même que papa – maman se rabibochent, mais, en tout cas, la perception générale, c’est  « c’est en-dehors de mon contrôle ». Par contre, tout ce qui a trait à l’organisation de la famille et alors, après, l’arrivée d’un nouveau partenaire, si on veut en parler tout à l’heure, et bien là, le jeune a davantage le sentiment qu’il a prise et que cela le concerne au premier chef et que là, il peut donner son avis. 

Mais il y a quand même une série de jeunes qui nous ont dit : « Moi, mes parents ne m’ont pas demandé mon avis et ça m’a soulagé qu’ils ne me le demandent pas. Parce que je ne voulais justement pas, moi, porter ce poids. Et pas, moi, devoir intervenir dans une discussion dans laquelle je dois donner préséance à un de mes parents par rapport à l’autre ». Donc, c’est une question très délicate, en fait. Je pense qu’il est important de pouvoir donner la possibilité ne serait-ce que de demander au jeune s’il a envie de donner son avis. 

Véronique Thyberghien : tout à fait ! 

Laura Merla : mais de pouvoir aussi respecter les situations dans lesquelles un jeune va dire qu’il n’a pas envie de donner son avis, qui préfère que les choses soient mises en place. Ce qui ne veut pas dire qu’un ou deux ans après, il ne va pas remettre des choses en question et vouloir changer la situation. 

Véronique Thyberghien : cela veut dire qu’il y a une forme de dialogue quand même qui existe, et qui existe peut-être plus aujourd’hui dans des cas de séparation ou de divorce, entre chacun des acteurs concernés. Dialogue qui avait peut-être moins sa place avant où l’émotion prenait le pas. Et que dans des situations où c’est possible de le faire, parfois l’émotion ou la colère sont trop grandes, le sentiment de trahison aussi, mais que quand c’est possible de le faire, ce dialogue permet par la suite, au jeune de beaucoup mieux ressentir les choses par rapport à cette séparation. 

Laura Merla : Il y a encore, évidemment, de la conflictualité. Il y a des moments dans les séparations où les parents sont tellement pris par le conflit avec leur futur ex-partenaire, qu’il n’y a pas de place, en fait, pour le dialogue. Les acteurs de terrain, dans les témoignages qu’ils nous ont faits, distinguent différents temps ou différentes temporalités. Il y a le moment de la crise dans laquelle on va prendre certaines décisions, mais qui sont des décisions prises dans ce contexte-là et qui peuvent avoir un caractère temporaire. Et quand les choses s’apaisent un peu, quand cela se calme, et bien, si nous n’avons pas pu avoir de dialogue au moment de la crise, c’est le moment aussi de réinstaller du dialogue et interroger les différentes parties prenantes. Et il est vrai qu’en Belgique, on a mis au point toute une série de dispositifs pour accompagner les divorces et les séparations. Il y a le système de la médiation familiale, par exemple, qui permet de faire appel à des acteurs qui peuvent être des psychologues, des avocats, etc., sans passer nécessairement devant un tribunal, mais qui vont aider les différents protagonistes à s’asseoir autour d’une table et à prendre le temps de discuter et de dialoguer. De nos jours, on a développé beaucoup de choses autour du moment de la séparation. Mais il n’y a pas encore grand-chose pour accompagner l’après. 

Véronique Thyberghien : ah ! On va s’y atteler ! 

Laura Merla : voilà (rire) ! 

Véronique Thyberghien : on va évidemment s’y atteler. En tout cas, on va certainement revenir sur ces questions-là puisque certaines vont être approfondies d’un côté et puis d’autres chiffres à analyser ou doivent encore être analysés, puisque vous avez une masse aujourd’hui d’informations qui permet de pouvoir avancer. On se retrouvera donc Laura Merla. D’accord ? 

Laura Merla : avec grand plaisir ! 

Véronique Thyberghien : vous êtes la bienvenue dans cette émission pour nous parler de ces familles contemporaines. Bravo pour le travail que vous faites avec l’UCLouvain !